Entre la baisse des taxes sur le tabac et l’alcool et l’effondrement annoncé des recettes sur les carburants, l’État français doit repenser sa fiscalité. La redevance kilométrique britannique pourrait inspirer Bercy. Analyse d’un défi économique qui concerne tout le monde, y compris les boulangers amateurs.
Tu as peut-être remarqué que ton four à pain consomme de l’électricité ou du gaz, et que le prix de ces énergies flambe. Mais ce que tu ignores peut-être, c’est que l’État perd aussi des milliards à cause de la transition énergétique. La France fait face à une chute des recettes fiscales sans précédent. Le tabac, l’alcool et surtout les carburants ne rapportent plus autant qu’avant. Alors, comment pallier ce manque à gagner ?
Tabac, alcool, carburants : pourquoi les recettes de l’État s’effondrent
Le budget national est sous tension. La Cour des comptes, dans son rapport de juin dernier, tire la sonnette d’alarme : le déficit public dépasse les 5,5 %, et les intérêts de la dette pèsent de plus en plus lourd. En cause, des recettes qui ne suivent plus. Les campagnes de prévention contre le tabagisme et l’alcoolisme portent leurs fruits, c’est une bonne nouvelle pour la santé publique. Mais pour les finances publiques, c’est une manne qui se tarit. Les taxes sur ces produits ont rapporté des milliards pendant des décennies, et leur baisse progressive laisse un trou béant.
| Critère | Taxe carburant | Redevance kilométrique |
|---|---|---|
| Véhicules concernés | Tous les véhicules thermiques | Voitures électriques et hybrides rechargeables |
| Base de calcul | Volume de carburant acheté | Kilomètres parcourus |
| Coût annuel pour 15 000 km | Variable selon le prix du carburant | Environ 330 euros |
| Objectif | Financer le budget général | Financer les infrastructures routières |
Le tabac et l’alcool, des rentrées fiscales en chute libre
Depuis plusieurs années, les recettes liées aux produits du tabac et aux boissons alcoolisées diminuent. Les campagnes de sensibilisation ciblées, les aides au sevrage et la hausse des prix ont réduit la consommation. Résultat : les recettes de l'État s’effritent. On est loin des prévisions optimistes des années passées. Le décalage dans la collecte de ces taxes a accentué le mouvement. Bercy doit donc chercher d’autres sources de financement pour maintenir le budget national à l’équilibre.
Ce phénomène n’est pas propre à la France. Dans toute l’Europe, les gouvernements voient leurs recettes comportementales diminuer. Mais la France est particulièrement exposée, car elle dépend beaucoup de ces taxes indirectes. La chute des recettes fiscales liées au tabac et à l’alcool représente un défi économique majeur pour les années à venir.
Les carburants, un manque à gagner qui s’accélère
Le pétrole, lui, se venge. Avec l’essor des voitures électriques, les taxes sur l’essence et le diesel fondent comme neige au soleil. Le ministre des Comptes publics a récemment annoncé que les recettes liées aux carburants avaient baissé de plus de 80 millions d’euros en un an. Et ce n’est que le début. Chaque voiture électrique vendue représente un manque à gagner pour l’État, qui ne perçoit plus de taxe sur le carburant.
Pour un boulanger qui livre ses pains, le passage à l’électrique est une économie sur le carburant, mais c’est aussi un manque à gagner pour les caisses de l’État. Comment financer les routes, les écoles, les services publics avec moins de recettes ? C’est toute la question de la politique économique française.
La redevance kilométrique, la solution qui monte au Royaume-Uni
Outre-Manche, le gouvernement britannique a tranché. À partir d’avril 2028, une nouvelle taxe au kilomètre s’appliquera aux véhicules électriques et hybrides rechargeables. Son nom : l’Electric Vehicle Excise Duty, ou eVED. Concrètement, les conducteurs paieront 3 pences par mile (environ 2,2 centimes d’euro par kilomètre) pour un modèle 100 % électrique, et 1,5 pence pour un hybride rechargeable. Pour un automobiliste qui parcourt 15 000 km par an, la facture atteint 330 euros supplémentaires.
Cette redevance s’ajoutera à la taxe de circulation annuelle déjà en vigueur, la VED, d’environ 235 euros. Le gouvernement espère ainsi engranger 1,3 milliard d’euros dès la première année, avec 5,6 millions de véhicules concernés. L’argent servira notamment à financer les infrastructures routières.
Mais la mesure ne fait pas l’unanimité. L’industrie automobile dénonce une « mauvaise mesure au mauvais moment », qui risque de décourager les acheteurs de voitures électriques. Les associations d’usagers, comme EVA England, pointent la complexité du dispositif, basé sur des estimations kilométriques déclarées chaque année. Le relevé du compteur sera transmis lors du contrôle technique, et une régularisation sera effectuée en fin d’année. Un système un peu bureaucratique, qui pourrait être amélioré à l’usage.
Ce que la France peut apprendre des expériences étrangères
La France observe ces expériences avec attention. Plusieurs pays ont déjà franchi le pas, avec des modèles différents. Voici un tour d’horizon des solutions mises en place pour compenser la chute des recettes fiscales sur les carburants.
| Pays | Type de taxe | Tarif en vigueur | Montant annuel pour 15 000 km |
|---|---|---|---|
| Royaume-Uni | Taxe kilométrique eVED | 2,2 cts €/km (électrique) | Environ 330 € |
| Nouvelle-Zélande | Forfait RUC | 42 € pour 1 000 km | Environ 630 € |
| Islande | Redevance kilométrique | 4,6 cts €/km | Environ 690 € |
| Texas (États-Unis) | Surtaxe d’immatriculation | 200 €/an | 200 € (forfaitaire) |
Des précédents qui font réfléchir
En Nouvelle-Zélande, la taxe RUC s’applique aux électriques depuis avril 2024. Les conducteurs achètent des forfaits, un peu comme on recharge une carte de péage. C’est simple, mais cela fait bondir les propriétaires de Tesla qui roulent beaucoup. En Islande, la redevance kilométrique est généralisée à tous les véhicules depuis janvier 2026. Un tour de l’île sur la Route 1 ajoute 70 euros de taxe. Quant au Texas, il a fait le choix d’une surtaxe fixe à l’immatriculation, qui rapporte davantage pour les petits rouleurs, mais qui est jugée injuste par les autres.
Chaque modèle a ses avantages et ses inconvénients. Les jeunes États apprennent par l’erreur, et la France n’a pas forcément intérêt à copier un système sans l’adapter. Mais le Canada (Québec) a abandonné un projet de taxe au kilomètre, sous la pression populaire, ce qui montre que la méthode compte autant que la mesure.
Quelles pistes pour combler le manque à gagner en France ?
Du côté de Bercy, le sujet est encore sensible. On préfère parler de « vignette verte » ou de « contribution climatique ». Pourtant, les projections sont claires : l’électrification du parc automobile pourrait engendrer un manque à gagner de 13 milliards d’euros par an d’ici 2035, et de plus de 30 milliards en 2050. Les recettes de l’accise sur les énergies, qui rapportent aujourd’hui entre 30 et 35 milliards d’euros, vont fondre progressivement.
Plusieurs pistes sont sur la table, et certaines ne nécessitent pas de créer une nouvelle taxe. Voici les principales options étudiées par les experts en finances publiques :
- La taxe au kilomètre : relevé du compteur lors du contrôle technique, comme au Royaume-Uni. La solution la plus réaliste, mais impopulaire.
- Le péage urbain : faire payer les voitures qui entrent dans les grandes agglomérations. Déjà en place à Londres et à Stockholm.
- La suppression de certaines niches fiscales : notamment celles qui profitent aux plus aisés, pour dégager des recettes sans augmenter les impôts.
- La lutte contre l’évasion fiscale : chaque milliard récupéré est un milliard qui ne manque pas au budget national.
- La hausse de la TVA sur certains produits : une solution simple, mais socialement injuste.
Aucune de ces options n’est miraculeuse. La réalité, c’est que la France va devoir repenser son modèle fiscal en profondeur. La question n’est plus de savoir si une taxe kilométrique verra le jour, mais quand et sous quelle forme.
Pour les boulangers amateurs qui suivent l’actualité, ce n’est pas qu’une question de gros sous. Le prix des farines, de l’énergie et des livraisons dépend directement de ces choix fiscaux. Si l’État veut continuer à financer les services publics, il devra bien trouver l’argent quelque part. La redevance kilométrique britannique est un signal fort : l’âge d’or de la gratuité routière touche à sa fin. Et la France, elle, n’a pas encore sorti son secret de fabrication.
Ce que vous avez peur de demander
Est-ce que la redevance kilométrique va s'appliquer en France ?
Rien n'est décidé pour l'instant. Le gouvernement étudie des pistes, mais aucune annonce officielle n'a été faite.
Combien vont payer les propriétaires de voitures électriques au Royaume-Uni ?
Pour 15 000 kilomètres par an, comptez environ 330 euros, en plus de la taxe annuelle de 235 euros.
Pourquoi l'État perd-il de l'argent avec les voitures électriques ?
Chaque voiture électrique vendue supprime les taxes sur l'essence ou le diesel. Les recettes carburants ont déjà chuté de 80 millions d'euros en un an.
Faut-il s'inquiéter pour le budget de la France ?
Le déficit public dépasse 5,5 % et les intérêts de la dette augmentent. La situation est sérieuse, d'où la recherche de nouvelles recettes.
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Nicolas a grandi entre le fournil de son grand-père et les livres de recettes de sa mère. Après dix ans dans la presse culinaire, il se consacre à la transmission du savoir-faire boulanger au grand public. Il teste chaque recette chez lui avant d’en parler.